L’obscurantisme
dans sa forme la plus abominable a donc frappé notre pays, plongeant l’ensemble
de la société dans une souffrance, un chagrin, un désarroi hors du commun.
L’obscurantisme,
c’est quoi ?
L’obscurantisme
désigne toute attitude d’opposition à la diffusion du savoir, dans quelque
domaine que ce soit.
Ici,
plusieurs individus surarmés ont décimé en une semaine une rédaction, des
fonctionnaires de police, des citoyens. Ils se sont attaqués à l’individualité
de chacun, à la culture, à l’humour et aux lettres, à tout ce qui peut apporter
de la joie, de la pluralité, de la différence et du partage, à tout ce qui peut
permettre à autrui d’élargir sa perception dans un apprentissage libre, ouvert
et magnifique de notre monde.
Car
c’est bien le projet visé par l’obscurantisme : restreindre le champ de la
perception et par extension le sens critique des individus.
L’essence
même de l’obscurantisme c’est l’inculture.
La
puissance de l’obscurantisme c’est l’inculture du plus grand nombre.
A ce
stade, une question se pose : n’avons-nous pas notre part de
responsabilité dans cette entreprise florissante de destruction de la
culture ? N’avons-nous pas fertilisé petit à petit le sol sur lequel peut
pousser l’obscurantisme et frapper n’importe où, n’importe quand ?
La
réponse est clairement « oui », nous avons toutes et tous notre part
de responsabilité dans ce qui se déroule aujourd’hui parce que nous avons
sciemment laissé notre jeunesse s’éloigner progressivement de l’amour de la
pensée, de l’inventivité, de la réflexion et du partage.
Depuis
plus de 14 ans « l’esprit » de la télé-réalité a ainsi réalisé un
extraordinaire travail de rétrécissement de la pensée. Nous en payons
aujourd’hui le prix fort. La facture est salée : un degré d’illettrisme
sidérant dans la majorité de la génération Y, une vision du monde – chez cette
même génération – trop souvent bornée au culte de l’apparence, de la vulgarité
et de l’irrespect. Une génération incapable d’écouter dans la durée, de faire
preuve de bon sens.
Cette
partie de la jeunesse se rêve géniale, sans avoir à travailler, sans labeur,
sans effort. Des pans entiers du web lui permettent de flatter son ego creux et
d’être visible instantanément par l’ensemble de la planète dans sa
représentation la plus drôle, la plus sexy, la plus trash, la plus violente, la
plus stupide ou la plus dangereuse qui soit.
Une
grande partie de cette jeune génération abandonnée à elle-même est donc toute
prête à s’engouffrer dans toute action stupide ou dangereuse susceptible de lui
apporter un supplément d’être ou de reconnaissance quelle qu’elle soit.
Une
grande partie de la jeunesse actuelle est seule, sans repère, elle cherche à
être, le principal souci étant qu’elle suit les mauvais guides et que nous
n’avons pas su lui communiquer les bons outils pour être avec autrui.
A
partir de là, l’obscurantisme n’a plus qu’à se pencher pour cueillir cette
jeunesse isolée et ainsi en faire ses propres instruments.
Quand,
en 2001, on a enfermé une parcelle de cette jeunesse dans un loft, on a
dit : « c’est pas grave ».
Quand
cette même jeunesse s’est mise à écrire n’importe comment, on a dit :
« c’est pas grave ».
Quand
l’Etat a commencé à demander aux enseignants, aux formateurs, aux éducateurs
d’être plus souples avec cette jeunesse au niveau de ses évaluations, des
exigences liées à son apprentissage, on a dit : « c’est pas
grave ».
Quand
la génération Y s’est peu à peu coupée du monde réel pour s’isoler radicalement
devant son Smartphone sans aucune forme préalable d’accompagnement éthique,
critique et responsable, on a dit : « c’est pas grave ».
Quand,
cette année, des librairies ont commencé à fermer, on a
dit : « c’est comme ça ».
Quand
certains jeunes ont dit à leurs parents qu’ils partaient faire le djihad, on a
dit : « ouais, bon, ça leur passera, ce n’est peut-être pas si grave
que ça ».
Et
alors, aujourd’hui, c’est comment la situation ? C’est toujours pas
grave ? C’est quoi la prochaine étape ?
Si
l’obscurantisme frappe c’est parce qu’en grande partie, nous lui avons préparé
un terrain suffisamment favorable à son plein épanouissement.
Nous
pouvons tous faire reculer l’obscurantisme et aider très simplement cette
jeunesse à s’aimer, à pratiquer la pensée, à devenir autonome et responsable.
Comment ?
En
remettant de l’invention et de l’étonnement dans notre quotidien, en donnant du
soutien et des moyens aux professeurs, formateurs et éducateurs, à tous ces
gens de bonne volonté que nous n’écoutons pas assez et qui, tous les jours,
doivent lutter contre la fascination du pire, contre la vénération obscène de
la jalousie, du racisme, de la violence envers autrui, de la maltraitance faite
aux corps et aux esprits.
C’est
par l’écoute immédiate d’autrui, l’entraide commune, la joie, les échanges
d’idées entre nous tous que nous pourrons briser l’obscurantisme sous toutes
ses formes. Et je vois comme un signe profondément encourageant le pays se
rassembler, commencer à s’écouter. Puisse cet élan perdurer, s’éterniser.
Pierre-Olivier Lacroix - le 10/01/2015


Merci Pierre-Olivier pour ce bel article , ça me fait un bien fou de te lire aujourd'hui . Je suis heureux et fier d'être un de tes amis . Je t'embrasse .
RépondreSupprimerMichel
Bonheur et fierté infiniment partagés Michel.
SupprimerTu as raison Pierrot, même s'il faut encore et encore garder espoir en cette jeunesse pas totalement, pas complètement abîmée, heureusement. En tant qu'enseignante, professeur de français, j'ai pris le temps de donner la parole à mes élèves. Certains très éclairés, et ça fait du bien. D'autres en revanche sont complètement hors de la réalité, en manque total de repères, persuadés que les dessinateurs de Charlie Hebdo sont racistes. Je me suis aussi rendu compte que certains ignorent les principes et les lois de l'Etat laïc qu'est la France. Je leur ai répété ce que j'ai toujours eu l'habitude de leur dire, parfois sur le ton de la colère lorsque certains irréductibles refusent de faire cet effort: qu'il leur faut arrêter de zapper, de passer trop vite sur les mots et les images, qu' il leur faut apprendre à se poser pour lire, regarder, comprendre. Ça prend du temps oui, ça demande quelques efforts, mais c'est à ce prix qu'on se forge un esprit curieux, ouvert, éveillé, critique, bref qu'on devient libre et qu'on se dégage de ce qui enchaîne les esprits. Je leur ai dit que l'ignorance peut mener à la violence. J ' espère qu'ils ont compris, qu' ils comprendront. Je me bats pour ça.
RépondreSupprimerEt il faut continuer à s'engager sur le terrain de la culture, de toutes les formes de culture, échanger, dialoguer, c'est essentiel.
SupprimerMerci pour ce texte clair et juste.
RépondreSupprimerC'est normal, nos connaissances, nos apprentissages c'est maintenant qu'il faut les partager, les faire vivre...
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