J'ai en tête mon voyage et l'écho que j'espère de lui : une mise à jour de ma perception, une certaine confirmation de mes projets d'évasion et de liberté sans bornes.
Devant moi, le tableau d'affichage des vols dresse une carte de toutes les temporalités, de toutes les géographies qui me seront, plus tard, autant accessibles que le désert vers lequel je tends. New-York, Dubaï, la Jordanie, Hong-Kong et, dans la 2de colonne au milieu de la liste, mon vol : TU 6268.
J'ai besoin d'intégrer ces informations pour m'imprégner pleinement de l'intensité du départ et des autres départs futurs qui suivront nécessairement celui-ci. En remontant le couloir menant à la salle d'embarquement, je passe devant l'entrée du Sheraton. L'hôtel passerait presque inaperçu, noyé dans le béton, fondu dans le choeur même de l'aéroport. Mais je peux aisément visualiser ses chambres sourdes, accueillant des voyageurs dans la sphère de transition délicieuse qui précède toujours le voyage lui-même. Ce que je sais, ce que tous les aéroports du monde me communiquent à chaque fois que je les côtoie, c'est cette vérité de pure liberté, cette place étrange que j'occupe où je ne suis plus chez moi et pas encore ailleurs.
