samedi 14 mars 2015

Ah les enfoirés ! Ils ont tué l'Ethique !

Depuis de nombreuses années, les Restos du Cœur réalisent une multitude d’actions exceptionnelles en matière de collecte alimentaire, d’hébergement et aussi d’accompagnement socio-professionnel pour toutes celles et ceux qui, à un moment de leur vie, ont besoin d’un soutien pour avancer, pour se reconstruire. Les Restos du Cœur, ce sont aussi des chantiers d’insertion dans les domaines du BTP ou encore du maraichage où encadrants techniques et équipes de salariés en apprentissage oeuvrent ensemble, communiquent ensemble sur l’acquisition de pratiques et de compétences dans un même élan humain et citoyen. 
Depuis sept ans, j’exerce moi aussi le métier de formateur auprès de salariés en apprentissage avec comme support d’activité le marketing et la communication. Je suis profondément fier de mon travail, d’accompagner dans la joie et la valorisation de chacun, des salariés en découverte de capacités ancrées en eux que, parfois, ils ne soupçonnaient pas avant d’intégrer la structure dans laquelle je travaille. 
J’ai toujours été persuadé que l’apprentissage passe nécessairement par la maïeutique telle que pratiquée par Socrate : faire accoucher les esprits d’idées, d’expériences mais toujours en étant avec autrui, ensemble, liés les uns aux autres dans une activité commune, avec un but commun, dans l’humilité, l’écoute et l’échange au sein d’une même unité.
Elle se situe dans le périmètre que je viens de décrire, la réalité quotidienne et éthique des métiers qui sont les nôtres nous, formateurs et formatrices, directeurs et directrices, accompagnateurs et accompagnatrices socio-professionnelles, salariés et salariées en apprentissage des structures d’insertion des Restos du Cœur ou d’autres structures associatives.
Accompagner, aider, apprendre à autrui, c’est avant tout exprimer des pratiques, des savoir-faire et des savoir-être en s’effaçant avec humilité pour être avec autrui sans jamais lui parler depuis une hauteur, depuis un piédestal. C’est cela incarner l’action sociale et solidaire, la progression de tous avec tous.
Le dernier clip des Enfoirés, « Toute la vie », se positionne radicalement à l’opposé de tout ce qui constitue aujourd’hui les valeurs fondamentales de l’action sociale.
Le clip ne réunit pas, il divise deux groupes. D’un côté des jeunes en état de doute et d’interrogation. De l’autre, des peoples de toutes générations crachant aux visages de ces jeunes des inepties se voulant moralisatrices, des paroles creuses ; balançant aux jeunes que si « eux » les peoples ont réussi c’est parce qu’ainsi va la vie et qu’ils n’ont rien volé. Le discours des peoples dans le clip est précisément un discours de hauteur, d’égo rapidement enrichi, un discours de parvenu regardant la « France d’en bas » qui ne fait que consolider la séparation mise en scène dans la vidéo.
Nous avons pu lire dans la presse que le clip avait été vivement critiqué pour son côté « discours de vieux réactionnaire », c’est inexact puisque le discours de hauteur fait à la jeunesse est prononcé d’une même voix par Jennifer, Dany Boon ou encore Mimie Mathy. Le clip ne divise donc pas la jeunesse d’un côté et de vieux réactionnaires de l’autre mais bien la jeunesse et des peoples de tout âge de l’autre.
En regardant le clip de la chanson de Jean-Jacques Goldman, j’ai effectué une pause-image pour mieux distinguer quelles personnalités composent le groupe des peoples moralisateurs si soucieux du dialogue social, de la solidarité et de l’éthique. La photo de classe que j’ai pu obtenir est la suivante : Zazie, Christophe Willem, Patrick Fiori, Zaz, Michèle Laroque, Pascal Obispo, Christophe Maé, Gérard Jugnot, Canteloup, Mimie Mathy, Dany Boon, Michaël Youn, Liane Foly, M Pokora, Laam, Pierre Palmade, MC Solaar, Bénabar et enfin Jennifer. La voilà la short-list de celles et ceux qui, dans le clip, viennent prêcher à la jeunesse le sens de l’effort, du travail et du mérite en toute chose. Voilà celles et ceux qui se revendiquent comme l’incarnation des valeurs sociales et solidaires.
Regardons maintenant où se situe le curseur du mérite chez certains de ces Enfoirés : Zazie, rémunération pour the Voice 400 000 euros, Jennifer 500 000 euros, Mimie Mathy 250 000 euros par épisode de « Joséphine Ange Gardien » et une légion d’honneur en prime, Dany Boon 4 millions d’euros de salaire pour son travail de scénariste sur « Supercondriaque » quant à Zaz, un concert privé d’une demi-heure facturé au groupe Allianz 40 000 euros.
Le pseudo discours moralisateur venu d’en haut, adressé aux jeunes dans le clip, est donc verbalisé par des peoples dont la parole ne peut avoir aucune crédibilité car, tout en venant nous parler chaque année de la misère et de la faim en France, ces mêmes peoples déballent le reste du temps dans les média une vie d’une rare superficialité et d’une prodigieuse indécence.
On pourra m’objecter que la vie des peoples on s’en contrefout tant que leurs spectacles rapportent de l’argent à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Je suis d’accord sur ce point : les concerts, les shows, les cd des Enfoirés doivent perdurer mais en proposant peut-être la prochaine fois des chansons dont les paroles pourront être endossées, incarnées sans ambiguïtés par leurs interprètes.
Que nos peoples chantent et fassent rêver les foules pour la bonne cause, soit !
Par contre je leur serai infiniment reconnaissant d’éviter, à l’avenir, de se parer de vertus dont ils ignorent tout.
Des années lumières séparent l’univers d’une pop-star palpant des milliers d’euros par semaine pour chanter quatre conneries sur TF1 et l’univers quotidien des travailleurs sociaux confrontés chaque jour à la détresse et aux fractures de chacun, aux blessures des âmes et des esprits qu’il faut soigner et soigner encore sans jamais rien lâcher.
Des années lumières séparent l’univers d’une pop-star palpant des milliers d’euros par semaine pour chanter quatre conneries sur TF1 de l’univers des salariés précaires en intérim ou en contrats aidés.
Chers peoples pour ce qui est de faire le spectacle, faites donc et tenez vous en à cela ; pour ce qui est de la transmission de l’Ethique et de l’effort, de l’humilité et du travail, laissez donc faire celles et ceux qui ont de l’expérience dans ces domaines et qui continuent à forger cette expérience jour après jour bien loin des projecteurs et de toute velléité egocentrique.