vendredi 27 novembre 2009

Le spleen des dimanches soirs pluvieux


Bien sûr nous nous remémorons les ombres, celles de 17 heures. Et nous les traversons, chargé d'amertume, conscient que demain nous ne pourrons être las. Nous pensons aux promenades en famille que nous faisions alors, à ces traversées campagnardes au bout desquelles nous profitions toujours de la promesse réalisée d'un gouter puis, d'un feu de bois, d'un jeu de société, d'amis réunis dans le confort rustique et mordoré d'un soir d'automne.

Tous ces instants de l'enfance, volontairement ralentis par ma mémoire nostalgique, cherchent encore à être prolongés. Je revois mes parents, leurs amis, les adultes mangeant, buvant, riant ces dimanche autour d'une table en bois massif et je constate qu'aujourd'hui c'est à mon tour d'être l'adulte qui boit, qui mange et qui rit avec les autres tout en parlant de ses projets et de ses interrogations.

Le temps est devenu différent. Ni meilleur, ni pire qu'avant. Ce temps est bon mais parfois plus solitaire aussi.

Nos coeurs sont rarement légers les dimanche soirs. Pour certains d'entre nous, ils n'en sont que plus portés à l'écriture, à la mise en mots de cette nostalgie universelle qui, quelque part, nous empêchera toujours de grandir tout à fait.

samedi 17 octobre 2009

Horizon 2

Le désert est une initiation ne nécessitant aucune préparation particulière sinon celle d'avoir mûrement réfléchi, au préalable, aux motivations vous encourageant à vous y perdre.

Mon apprentissage du désert découle principalement des écrits de Frank Herbert; "Dune" a profondément ancré dans mon esprit des images bien précises du monde des sables, tout un univers sublime que je me devais de confronter au réel.

Ma présence au désert, en août dernier, n'a fait que me confirmer la vision d'Herbert. L'infinité du désert, ses dunes, son silence absolu et son ciel sentencieux, tout, immédiatement, vous sidère pour vous renvoyer presque aussitôt au plus profond de vous-même, au coeur ontologique de votre être : à cette source ignorée que l'on serait bien incapable d'atteindre dans tout autre environnement. Je veux parler de "tous" les autres environnements : ceux de la frénésie urbaine et professionnelle. Ces environnements érigés en nécessité et vers lesquels il est extrêment difficile de retourner aprés toute incursion dans le monde des sables.

Oui, le désert m'a changé et poursuit son oeuvre quatre mois aprés mon retour. L'étroitesse du quotidien ne m'est plus une chose tolérable. Ma certitude selon laquelle le projet entier de toute une vie ne peut pas tenir dans cette addition étroite imposée par le commun des mortels : "carrière + maison + bébé + ikéa, ad vitam aeternam" est, quant à elle plus entière que jamais !

samedi 12 septembre 2009

Horizon 1


A la mer, j'ai promis de fouler toujours le lit poudreux, sablé d'or et de soleil soutenant ses eaux.
A la mer, j'ai promis de m'abandonner d'heures en heures aux vagues douces qui, plus tard, m'emporteront toujours.
A la mer, j'ai promis de garder toujours le goût du sel à mes lèvres, mordant aussi ma peau pour me rappeler son âpreté originelle.
A la mer, j'ai promis de retourner toujours, pour ne plus avoir à pleurer la terre...
Et ceux que j'y laisserais toujours.

dimanche 16 août 2009

Tous les possibles...

Dimanche 2 août 2009. J'attends mon vol dans le hall du Terminal 3 de l'aéroport Charles de Gaulle. Je pars, je quitte le territoire pour la Tunisie. Une fois là-bas, je réaliserais un rêve persistant : celui de voir et d'arpenter le désert. J'équilibrerais ma quête des dunes par d'autres formes d'abandon à la mer dans laquelle je demeurerais, aussi, le plus longtemps possible.
J'ai en tête mon voyage et l'écho que j'espère de lui : une mise à jour de ma perception, une certaine confirmation de mes projets d'évasion et de liberté sans bornes.

Devant moi, le tableau d'affichage des vols dresse une carte de toutes les temporalités, de toutes les géographies qui me seront, plus tard, autant accessibles que le désert vers lequel je tends. New-York, Dubaï, la Jordanie, Hong-Kong et, dans la 2de colonne au milieu de la liste, mon vol : TU 6268.

J'ai besoin d'intégrer ces informations pour m'imprégner pleinement de l'intensité du départ et des autres départs futurs qui suivront nécessairement celui-ci. En remontant le couloir menant à la salle d'embarquement, je passe devant l'entrée du Sheraton. L'hôtel passerait presque inaperçu, noyé dans le béton, fondu dans le choeur même de l'aéroport. Mais je peux aisément visualiser ses chambres sourdes, accueillant des voyageurs dans la sphère de transition délicieuse qui précède toujours le voyage lui-même. Ce que je sais, ce que tous les aéroports du monde me communiquent à chaque fois que je les côtoie, c'est cette vérité de pure liberté, cette place étrange que j'occupe où je ne suis plus chez moi et pas encore ailleurs.

vendredi 31 juillet 2009

"Fatal Footing"

On était cinq...C'est à dire Moi, Moi et encore Moi et les quatre malabars chargés de veiller sur Moi. Moi au centre, deux agents devant et deux agents derrière.
C'était la règle, le protocole. Je ne pouvais pas courir seul. Donc, mes quatre costauds du jour trottaient à mes côtés en petites foulées.
Au début, je les ignorais superbement, me concentrant sur mon souffle, ne regardant pas plus loin que le bout de ma nouvelle paire de Reebook "Air Pressure" que m'avait offert une semaine plus tôt mon Grand Ami Jean Reno - pour je ne sais quelle raison - lorsque nous nous étions retrouvés au concert très select donné par ma Délicieuse Femme à New-York.
C'était quand-même extraordinaire ces chaussures. L'air emprisonné dans les semelles m'aurait presque permis de faire des bonds de kangourou si je l'avais voulu. Mais j'étais déjà dans l'effort jusqu'au cou : chacune de mes expirations s'accompagnant d'une pensée singulière pour toutes les choses importantes qui me restaient à faire avant de prendre le large, pour les vacances, avec ma Délicieuse Femme.
"Cocktail à organiser après le dernier conseil des ministres...Pfou, pfou !"
"Un plan de communication avec Moi et les survivants nationaux de la grippe A...Pfou, pfou !"
"Mon projet d'entretiens croisés avec Johnny pour le magazine Voici...Pfou, pfou !"
"Ne pas oublier d'acheter le dernier Marc Levy pour ma Délicieuse Femme...Pfou, pfou !"
J'en étais à faire tourner dans mon esprit ces quelques priorités inhérentes à mon statut d'homme public(itaire), lorsque le costaud numéro 1 qui m'encadrait sur la droite a osé accélérer la cadence sans m'en demander la permission; qui plus est, en bas d'une côte assez raide.
Tout en lui adressant un regard lourd de reproches, j'ai soudain pris conscience de la vingtaine de promeneurs et de promeneuses anonymes qui couraient dans mon sillage et que j'avais commis l'erreur d'ignorer, eux-aussi.
Dans toutes les autres circonstances de ma vie d'homme public(itaire), c'était Moi, Moi et Moi seul qui décidait de la pluie et du beau temps, de la présence des uns et de l'absence des autres dans ma sphère privilégière...Mais pas là.
A cet instant, j'étais suivi/poursuivi par un échantillon de mon peuple. Quelques uns me souriaient mais d'autres non. Certains m'encourageaient, d'autres semblaient prendre un malin plaisir à me doubler. Le quintet harmonieux que nous formions quelques instants plus tôt, Moi et mes quatre gardes, était brisé. Je n'étais plus le centre de rien et cela ne me plaisait pas.
Qu'avais-je fait ou plutôt que n'avais-je jamais fait pour ces gens qui puisse me faire culpabiliser à ce point ?
J'allais bientôt décrocher la timballe, gagner une journée entière pour y réfléchir, cloué dans un lit d'hôpital avec des ventouses sur la poitrine.
Dans l'immédiat, je devais me distinguer à nouveau, tenter une échappée pour leur prouver, à tous, qui était le patron.
J'ai prié pour que se manifeste le pouvoir magique de l'air comprimé des chaussures de Jean Reno. Je me suis vu dépasser costaud numéro 1 et costaud numéro 2 au moment où de l'air se comprimait...mais pas à l'endroit désiré. L'air ne s'est pas bloqué dans mes semelles mais dans ma veine cave.
Et je suis tombé.
Je ne suis pas resté inconscient très longtemps. Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais couché sur le bitume, écrasé par la grandeur des arbres au-dessus de Moi. Mes costauds écartaient les gens, je redevenais le centre de toutes les attentions. Mais pas dans le sens où je l'avais espéré.
Pour sûr, ma défaillance n'allait pas passer inaperçue et si jamais cela s'avèrait nécessaire, je devrais même aller en parler à la rentrée chez Drucker.
Une ambulance est arrivée, projetant dans mon champ de vision les lumières stromboscopiques de ses gyrophares bleu et rouge. Je percevais aussi, entre les deux, des taches blanches - effet secondaire de ma syncope.
"Bleu, blanc, rouge" "Bleu, blanc, rouge"...
J'y voyais là une forme d'avertissement comme celui des panneaux clignotants signalant des travaux.
Malgré tout l'acharnement que je mettais à les tenir à bonne distance, mes devoirs républicains ne me laisseraient jamais leur échapper si facilement.

jeudi 30 juillet 2009

mercredi 29 juillet 2009

Le ciel à ma fenêtre - 19h30...












Réouverture après travaux




Des tables et de jolies chaises neuves en terrasse, des accoudoirs et des coussins pour profiter pleinement d'un bon café, je n'ose y croire ! Le "Bar de l'hôtel de ville" a finalement rouvert ses portes, place de la Libération...

J'y reprends donc mes vieilles habitudes dès aujourd'hui !

J'ai bien sûr une pensée pour mon professeur aujourd'hui disparu qui, il y a quelques années, m'a fait découvrir le troquet mais, curieusement, aucune nostalgie ne me gagne.

Profitant de mes vacances pour lire, écrire et faire un peu de photos, je songe plutôt, dès la rentrée, à investir plus régulièrement les lieux, pour y organiser des causeries diverses avec mes ami(e)s. Pour celles et ceux que ça intéresse...


Au moment de recommander un café : Suite et fin d' "Au-delà du mal" de Shane Stevens (pas mal mais un peu long quand-même).




mardi 28 juillet 2009

Conduire de nuit...

On devrait toujours conduire de nuit, de préférence en rase campagne, sur une route au goudron frais et lisse. Ces conditions de pilotage sont pour moi un idéal. Pourquoi ? Parce que, de nuit, l'habitacle de mon véhicule n'est plus celui d'une voiture. Avec toutes les diodes du tableau de bord et - éventuellement - le gps allumés j'éprouve plutôt la délicieuse impression d'être au commandes d'un vaisseau spatial filant dans l'immensité nocturne avec, pour seul repère, le balisage luminescent du ruban d'asphalte me guidant toujours plus loin dans le silence et les ténèbres.


Une fois au volant, la nuit a ce délicieux pouvoir de suspendre mes pensées, à ne me faire entendre que la suave ambiance musicale de mon autoradio, parfaitement couplée au ronronnement du moteur de mon vaisseau éphémère.

La nuit renforce aussi la pure solitude du trajet, celle du voyageur en apesanteur, seul aux commandes, libre de retarder aussi longtemps que bon lui semble le moment fatal de son arrivée à destination.

Oui, la navigation de nuit nous fait entrevoir un monde "autre". Je crois que cette sensation est propre, aussi, à d'autres modes de transports : trains, bateaux, avions.

Le pouvoir supplémentaire que nous donne la voiture est celui d'être à la fois conducteur ET spectateur, de négocier son itinéraire dans la fascinante obscurité sécurisée, d'accélérer ou de ralentir selon son humeur, pour mieux se fondre dans les ténèbres étoilées.

Hélas ! Cette posture troublante mais magique du voyageur en apesanteur s'évanouie d'un coup lorsque l'on retrouve les néons et la cacophonie des grandes villes.

Pour prolonger le voyage solitaire, quelques bons conseils : garez votre véhicule et rejoignez sans attendre les hauteurs de votre maison ou de votre appartement, postez-vous à votre fenêtre favorite et contemplez l'illumination du monde urbain à vos pieds, dans toute sa majestée. Accompagnez le tout d'une bande-son (celle de "Heat" ou de "Blade-runner") et servez-vous quelque chose de sympa...Vous voyez ? Ca va déjà mieux.

Au moment où je pense à écrire cet article : je suis à bord de ma voiture/vaisseau filant sur une nationale perdue aux confins de la voie-lactée, à bord la sonate pour piano N°14 en do dièse, op 27 N°2 de Beethoven.

lundi 27 juillet 2009

Place de la Libération, 12h52...


C'est une belle journée, celle d'un soleil chaud "juste ce qu'il faut" sur les dalles couleur sable posées il y a quelques années par la municipalité. Ma ville baigne dans une douce torpeur estivale. Assis sur mon banc de pierre, je scrute l'horizon immédiat : les terrasses des cafés et restaurants bondés de gens quasi-importants, figés dans leur rôle générique d'acteur-consommateur.
Je note quand-même des exceptions : deux jeunes femmes étendues à même le sol, au milieu de l'esplanade en demi-cercle, belles plagistes de la cité aux épaules dorées. Près d'elles, un gosse en maillot de bain sautant à pieds-joints dans la rigole d'évacuation des eaux de la fontaine. Drôle de pataugeoire mais il fait beau alors sa mère s'en fout et le laisse faire.
Des ados, encore plus loin sur ma droite, à proximité d'un resto chic, l'oreille contaminée par la futilité virtuelle de leurs téléphones cellulaires au vocabulaire primitif et aliénant.
Enfin...La vie singulière, égoïste et mièvre de petits couples trainant leur ennui sur cette parcelle bétonnée, la rendant du coup quelque peu désolante.
Moi, je me réchauffe.
Une jeune fille, encore, aux cheveux orange : une fille bio ! Six tomates et une salade monstrueuse dans un sac en papier recyclé. Ses courses de la semaine, sans doute. A sa suite, un landau passe sans les hurlements de bébé à l'intérieur, à ma plus grande satisfaction. Maintenant, un couple de retraités anglais me rejoint sur mon banc. Lui, arpente la place névralgique de la ville le menton haut, en conquérant, son gros Nikon en bandoulière. Elle, ne décroche pas du guide que lui a gentiment remis l'office du tourisme.
La vie encore, donc, de vingt à soixante-dix ans, parachutée dans le présent d'où que l'on vienne et où que l'on aille.
D'autres petits couples de touristes, en bataillons serrés cette-fois, appartenant à la tribu narcissique des gens beaux, se mitraillant la face au numérique, par deux ou en groupe, saturant les mémoires de leurs appareils photos de fichiers corrompus par une autosatisfaction très contestable.
La vie encore, donc, de celle que je ne veux pas voir, que je ne veux pas connaître.
La vie encore, donc...Mais cette fois-ci, de celle qui a été.
Au bout de la place, j'aperçois une enseigne familière qui me submerge d'émotion comme toutes les fois où je passe devant elle. L'enseigne du "Bar de l'hôtel de ville". L'écriteau est de bonne facture, comme neuf. La salle est vide. Le bar est fermé depuis plus d'un an je crois.
Sans le savoir, j'y ai laissé, il y a treize ans, ma vie d'étudiant et, plus spécifiquement, mes aspirations philosophiques qui, en même temps, allaient m'aider à vivre bien.
Dans la salle désertée du troquet reste à jamais, je crois, la mémoire joyeuse d'un nouveau philosophe, un professeur, un maître à qui je dois beaucoup. C'est à cet homme d'exception qui affectionnait tout autant Philip K. Dick, Descartes ou Franck Herbert que je pense en voyant le "Bar de l'hôtel de ville". Il a fermé et c'est peut-être une bonne chose après tout.
Au même moment, dans les écouteurs de mon Mp3 : "J'passe pour une caravane, pour un chien qui n'en démord pas...loin du réconfort" (Alain Bashung).