lundi 27 juillet 2009

Place de la Libération, 12h52...


C'est une belle journée, celle d'un soleil chaud "juste ce qu'il faut" sur les dalles couleur sable posées il y a quelques années par la municipalité. Ma ville baigne dans une douce torpeur estivale. Assis sur mon banc de pierre, je scrute l'horizon immédiat : les terrasses des cafés et restaurants bondés de gens quasi-importants, figés dans leur rôle générique d'acteur-consommateur.
Je note quand-même des exceptions : deux jeunes femmes étendues à même le sol, au milieu de l'esplanade en demi-cercle, belles plagistes de la cité aux épaules dorées. Près d'elles, un gosse en maillot de bain sautant à pieds-joints dans la rigole d'évacuation des eaux de la fontaine. Drôle de pataugeoire mais il fait beau alors sa mère s'en fout et le laisse faire.
Des ados, encore plus loin sur ma droite, à proximité d'un resto chic, l'oreille contaminée par la futilité virtuelle de leurs téléphones cellulaires au vocabulaire primitif et aliénant.
Enfin...La vie singulière, égoïste et mièvre de petits couples trainant leur ennui sur cette parcelle bétonnée, la rendant du coup quelque peu désolante.
Moi, je me réchauffe.
Une jeune fille, encore, aux cheveux orange : une fille bio ! Six tomates et une salade monstrueuse dans un sac en papier recyclé. Ses courses de la semaine, sans doute. A sa suite, un landau passe sans les hurlements de bébé à l'intérieur, à ma plus grande satisfaction. Maintenant, un couple de retraités anglais me rejoint sur mon banc. Lui, arpente la place névralgique de la ville le menton haut, en conquérant, son gros Nikon en bandoulière. Elle, ne décroche pas du guide que lui a gentiment remis l'office du tourisme.
La vie encore, donc, de vingt à soixante-dix ans, parachutée dans le présent d'où que l'on vienne et où que l'on aille.
D'autres petits couples de touristes, en bataillons serrés cette-fois, appartenant à la tribu narcissique des gens beaux, se mitraillant la face au numérique, par deux ou en groupe, saturant les mémoires de leurs appareils photos de fichiers corrompus par une autosatisfaction très contestable.
La vie encore, donc, de celle que je ne veux pas voir, que je ne veux pas connaître.
La vie encore, donc...Mais cette fois-ci, de celle qui a été.
Au bout de la place, j'aperçois une enseigne familière qui me submerge d'émotion comme toutes les fois où je passe devant elle. L'enseigne du "Bar de l'hôtel de ville". L'écriteau est de bonne facture, comme neuf. La salle est vide. Le bar est fermé depuis plus d'un an je crois.
Sans le savoir, j'y ai laissé, il y a treize ans, ma vie d'étudiant et, plus spécifiquement, mes aspirations philosophiques qui, en même temps, allaient m'aider à vivre bien.
Dans la salle désertée du troquet reste à jamais, je crois, la mémoire joyeuse d'un nouveau philosophe, un professeur, un maître à qui je dois beaucoup. C'est à cet homme d'exception qui affectionnait tout autant Philip K. Dick, Descartes ou Franck Herbert que je pense en voyant le "Bar de l'hôtel de ville". Il a fermé et c'est peut-être une bonne chose après tout.
Au même moment, dans les écouteurs de mon Mp3 : "J'passe pour une caravane, pour un chien qui n'en démord pas...loin du réconfort" (Alain Bashung).












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