dimanche 6 décembre 2015

Mortabilité




La Mort, c’est moi et l’on ne peut pas dire que je sois l’employée la plus populaire de la boite. C’est moi qui porte la lourde responsabilité du sale boulot, cela fait même des siècles et des siècles que cela dure et personne ne reconnaît mes efforts et surtout pas le Grand Patron responsable et coordinateur de tout ce cirque. Je trouve ça injuste, dégueulasse même mais je la ferme.
Je ne peux même pas faire ce que vous, les humains juste en-dessous de nous, pouvez faire lorsque votre activité professionnelle vous devient insupportable : supplier votre médecin traitant pour obtenir un arrêt maladie ou tout simplement démissionner. Moi, la Mort, je n’ai pas cette chance de pouvoir quitter mon poste, de passer à autre chose. Personne ne veut ni ne peut me remplacer, je suis pour ainsi dire, condamnée à supporter pour l’éternité les sempiternelles insatisfactions et remontrances du Grand Patron sans le moindre espoir d’une promotion ou d’un signe de reconnaissance quelconque de sa part. C’est comme ça, c’est la vie ! Ma triste vie, celle de la Mort que personne n’aime, que personne ne supporte, pas même son principal employeur.
En réunion, on me donne toujours la parole en dernière et sans jamais réellement écouter les propositions que j’ai à faire mais qui, pourtant, pourraient augmenter ma productivité et mon rendement si seulement on me considérait un peu mieux. Mais non, avant moi, ce sont toujours les mêmes qui parlent et que le Grand Patron ne cesse de flatter et de cajoler dans le sens des ailes, les Petits Anges : des bellâtres et des starlettes de bureau tout en dents blanches et en auréoles sur brillantes, responsables du bonheur terrestre, de la natalité, de la longévité et de la paix sociale du monde d’en-dessous. Les Petits Anges au service du Grand Patron, je les maudis pour leur arrogance et parce qu’ils ont bien moins de connaissance que je n’en ai des profondeurs de l’âme humaine, bien moins d’expérience professionnelle dans le domaine de l’individu aussi, mais ils sont beaux, superficiels et même si ce ne sont que de grands fumistes, de magnifiques fainéants, ce sont eux qui évoluent dans la boite et à qui l’on attribue des primes quand les objectifs sont atteints.
Moi je n’ai jamais droit à rien sinon au mépris général. Je suis la Mort, cette petite bonne femme sans âge dans son tailleur gris, avec ses cheveux en brosse décolorés, son bronzage artificiel et son sourire commercial de circonstance. Cette vieille fille, cette pauvre conne qui donne tout pour la boite mais à qui la boite ne donne jamais rien sinon toujours plus d’emmerdements, de nouveaux challenges presque impossibles à atteindre, toujours plus de vies à faucher pour maintenir un excellent taux de mortabilité.
La mortabilité, c’est le nouveau terme marketing créé tout récemment par le Grand Patron pour désigner la mesure de mon activité. L’ancien indicateur qui s’appelait tout simplement « taux de mortalité » n’étant plus assez vendeur, pas assez tendance, le Grand Patron l’a remplacé. Comme à l’époque bénie du taux de mortalité, le principe premier de mon travail consiste toujours à faire un maximum de morts sur Terre, pour laisser assez d’espace vital à celles et ceux qui vont encore bénéficier d’un certain temps avant ma visite ainsi qu’à celles et ceux qui s’apprêtent à naitre. Mais désormais, avec le principe de mortabilité, le Grand Patron me demande en plus de lui fournir des motifs de morts variés, innovants, avec des quotas bien respectés pour une distribution plus équitable du trépas auprès de l’espèce humaine. Le Grand Patron veut que je frappe en masse mais de manière moins aléatoire et plus harmonieuse.
Depuis sa mise en œuvre effective il y a seize semaines, la mortabilité est devenue pour moi une source de contraintes supplémentaires dont je me serais bien passée, une nouvelle donnée statistique semblant avoir été mise sur ma route dans l’unique but de pointer toujours plus de lacunes dans mon travail.
En réalité, mes véritables ennuis ont sérieusement commencé à la dernière réunion d’octobre, lorsque chacun et chacune d’entre nous a été invité à présenter ses derniers résultats et à indiquer ses préconisations pour atteindre les objectifs de fin d’année.
Comme d’habitude, je suis passée bien après les quinze autres responsables en charge du management de la population terrestre. Toutes et tous ont défilé pendant près de trois heures sur une estrade, devant le ciel-écran, pour commenter leurs chiffres devant un Grand Patron conquis. Toutes et tous dans leurs tenues resplendissantes des grands jours, auto satisfaits et auto suffisants, sûrs d’être encouragés dans leurs efforts sans faire l’objet de la moindre critique.
Les dix dernières minutes de réunion étaient pour moi, alors je me suis levée pour prendre place à mon tour devant le ciel-écran, la boule au ventre.
Pour me donner un peu d’assurance, j’ai commencé par brandir ma faux en l’air pour balayer les magnétoiles laissés sur le ciel-écran par l’intervenant précédant. Les pourcentages scintillants gravés dans les magnétoiles, concernant les derniers taux de mariage, de concubinage ou encore de fécondité de l’espèce humaine ont tous été emportés par ma longue lame argentée et lustrée pour l’occasion. Une fois les magnétoiles au sol, je les ai encore écarté du bout du pied pour signifier à toute l’assemblée que moi aussi, la Mort, je pouvais me montrer pleine de mépris à l’égard du travail des autres.
Ensuite, j’ai enfoncé la pointe de ma faux au cœur du ciel-écran.
Affichant encore quelques secondes auparavant un fond doux bleu-nuit, le ciel-écran a entièrement viré au gris funéraire. J’ai ensuite laissé passer dans mon dos, une bonne minute de soupirs, de raclements de gorge, de murmures embarrassés et de chuchotements inquiets avant de transmettre psychiquement mes résultats au ciel-écran : des colonnes et des colonnes de chiffres, de diagrammes et d’annotations sur tous les décès d’hommes, de femmes et d’enfants provoqués par mes soins au cours des dix derniers mois. Des données inscrites en rouge-sang, envahissant progressivement toute la surface du ciel-écran. Des chiffres effroyables.
1,3 million de trépassés au volant. Corps encastrés dans les pare-brises et dans la tôle. Premiers sanglots dans les rangs des Petits Anges du Grand Patron.
D’autres chiffres encore.
804 000 suicides au compteur.
Des pleurs sincères à ma droite pour une statistique que je trouvais pourtant bien modeste. Une petite donnée pour mieux frapper les esprits avec de nouveaux histogrammes absolument épouvantables.
Alcoolisme. 4,4 millions de personnes ayant pris leur dernier verre en ma compagnie en trinquant au champagne, au vin, au parfum bon marché ou au détergent sanitaire.
Cancers du poumon, du cerveau, du foie, du pancréas, tumeurs solides ou liquides. Le jackpot ! Une statistique de malade qui flirtait cette année avec les 16 millions de victimes, soulevant cette fois-ci des cris d’indignation et des sifflets à mon encontre dans l’assemblée.
Avec 85 % de résultats atteints sur l’ensemble de mon objectif annuel, je pouvais être fière mais, vous savez ce que c’est, être fière seule n’a aucun sens quand votre réussite grandissante n’engendre à votre égard que de la haine et du dégoût.   
J’en étais là, moi, la Mort, à ne plus quoi savoir penser de mes résultats. J’allais tout de même évoquer, en grande professionnelle, les chiffres liés aux catastrophes naturelles, ferroviaires et aéronautiques quand le Grand Patron a tapé du poing au bout de la grande table de réunion pour interrompre mon exposé.
- Assez la Faucheuse ! a t-il gueulé. Tu vois bien que tu plombes l’ambiance ! Je ne sais même pas pourquoi je t’ai fait venir à ce débriefing, j’aurais mieux fait de te convoquer individuellement dans mon bureau, mais bon, c’est trop tard, on dirait bien que le mal est fait de toute façon !
 Je ne m’attendais pas à une telle humiliation et encore moins devant tous les dirigeants de la boite. Sans mon bronzage artificiel, tout le monde m’aurait vu pâlir. J’ai essayé de rester digne, je n’ai pas bougé de l’estrade et j’ai retenu mes larmes de femme maudite, blessée dans son orgueil. Tous les lèches-bottes angéliques pleuraient hypocritement sur les victimes humaines que j’avais faites ; moi, mes pleurs contenus et glacés auraient été bien sincères. Je me faisais pitié, j’avais de la peine pour moi mais personne ici ne le saurait jamais. Moi, la Mort, je restais seule dans ma tristesse.  
C’était une épreuve atroce que de fixer le Grand Patron quand tout le monde souhaitait visiblement que je quitte cette réunion au plus vite, sans fleurs ni couronnes.
Pourtant, le Grand Patron se frottait maintenant la barbe, les yeux fixés sur les notes qu’il venait de prendre dans son petit carnet de cuir noir.
- Ainsi tu es satisfaite de tes chiffres, la Faucheuse ? m’a-t-il questionné sans pour autant me regarder.
Le ton sarcastique qu’il employait encore envers moi n’annonçait rien de bon alors j’ai fait profil-bas, comme toujours.
- J’ai presque atteint mes résultats, c’est bien non ? Même si ce qu’on me demande de faire ne plait à personne, je donne le maximum, je…
Pour la deuxième fois au cours de la réunion, le Grand Patron m’a coupé la parole et m’a rejoint devant le ciel-écran.
Il a littéralement foudroyé de l’index quelques uns de mes chiffres sanglants, comme j’avais pu dégommer les magnétoiles de mon abruti de collègue quelques minutes auparavant. Tous mes résultats se sont mis à fondre sur le ciel-écran à défaut d’être totalement réduits en cendres par le Vieux tout puissant.  
Moins 20 % de résultats accordés sur les crashs en ULM, 35 % de résultats en moins sur les cirrhoses, 47 % en moins sur les victimes de tsunamis ou d’irradiations radioactives.
Je ne voyais vraiment pas pourquoi le Grand Patron ne voulait pas prendre en compte mes chiffres à moi. Pourquoi cherchait-il encore à m’écraser ? Pourquoi voulait-il me surcharger encore de travail dans les derniers mois qui restaient, en détruisant une partie non négligeable de l’important travail que j’avais pourtant déjà abattu ?
Le Grand Patron voyait ma détresse, ma honte et il en jouissait l’enfoiré.
Pourquoi ne pouvais-je pas obtenir ma mutation aux enfers, là où, j’en étais sûr, on aurait su apprécier mes talents ?
Rien à faire ! J’étais coincé ici, avec tous ces imbéciles resplendissants. Je ne pouvais que continuer à trimer pour eux et à souffrir en silence.
Le Grand Patron a pris un peu de recul et a relu les nouveaux chiffres indiqués sur le ciel-écran.
- Voilà ! Tes vrais résultats la Mort, ce sont ceux-ci ! s’est-il exclamé. Tu n’as jamais été très douée dans l’exercice des mathématiques, ça je le sais ! Mais je pensais que tu retiendrais au moins le paramètre de mortabilité que je t’avais pourtant demandé de prendre en compte dans tes initiatives.
- Qu’est-ce qui ne va pas avec la mortabilité ? j’ai bredouillé, comme une petite enfant injustement punie pour une faute qu’elle n’a pas commise.
- Crises cardiaques, proliférations cellulaires foudroyantes, hémorragies internes, noyades ! Tous tes résultats, la Mort, sont basés sur des atteintes au corps ou sur des décès cliniques bien trop faciles à obtenir. Tout ça manque cruellement d’inspiration ! Désolé, mais tes quotas de mortabilité sont loin d’être atteints, excuse-moi !
Mon travail. Des objectifs de plus en plus délirants, sans raison, sans pourquoi et sans moyens. A bout, j’ai essayé de me défendre comme j’ai pu :
- Et comment je fais, moi, pour les atteindre ces quotas ? Hein ? Comment on fait avec les morts et les mortes que vous ne voulez pas retenir dans mes comptes ? Vous voulez en faire quoi ? Dites-moi ! Les ressusciter ?
J’ai été stupide de réagir ainsi et c’est toute la colère divine qui m’est aussitôt retombée dessus. Ce que fait la Mort n’est jamais bien et elle doit en payer le prix, toujours.
- Pour ton blasphème, je te colle un avertissement la Faucheuse et pour ton taux de mortabilité, c’est 35 % de morts cérébrales que je te demande de réaliser pour fin novembre !
Et pan ! Prends ça dans ta tronche la Mort et fais avec !
Sur le moment, j’ai vraiment failli toutes et tous les envoyer se faire voir. Ce qui pouvait bien m’arriver ensuite n’avait vraiment aucune importance.
Au final, je suis simplement descendue de l’estrade puis, j’ai retraversé toute la salle de réunion en gardant la tête baissée pour rejoindre la sortie sans saluer personne.
Je pensais m’être rendue suffisamment invisible pour me faire oublier mais non ; il a encore fallu que le Grand Patron s’exclame à haute-voix pour définitivement m’enterrer :
- N’oublie pas la Faucheuse, hein ? 35 % de morts cérébrales ! 35 % ! Pas plus, pas moins !
J’ai fait comme si je n’avais rien entendu et je suis partie.
J’ai marché, marché, marché longtemps, laissant un sillage noir d’amertume derrière chacun de mes pas. J’avais besoin de m’isoler, d’évacuer tout le stress accumulé au cours de cette affreuse réunion et, dans la mesure du possible, de réfléchir à la prochaine stratégie à adopter.
35 % de morts cérébrales à atteindre en un mois. Je ne voyais vraiment pas comment j’allais m’y prendre.
M’estimant suffisamment loin de tout, j’ai cessé de marcher et attrapé un gros bloc nuageux pour le sculpter en fauteuil. Je me suis ensuite penchée en avant et, d’un nouveau balayage de faux, j’ai écarté plusieurs couches cotonneuses pour me dégager une vue aérienne et imprenable sur la Terre défilant sous mes pieds.
Je me suis assise sur le rebord de mon nouveau fauteuil et, appuyée sur le manche de ma faux, j’ai attentivement observé ce qui se passait en bas, bien décidée à camper ici jusqu’à trouver la solution à mon problème de mortabilité.
Des champs, des villages et des routes magnifiés par la douceur orangée du crépuscule. Un panorama splendide qu’auraient sûrement adoré les Petits Anges du Grand Patron mais qui moi ne m’inspirait guère. Récoltes contaminées aux pesticides, querelles de clochers qui s’étaient tragiquement terminées à grands coups de fusils, carambolages en séries, j’avais déjà fait tout le nécessaire à ce niveau-là pour tout le restant de l’année.
Encore des routes, un massif boisé puis une grande ville et, juste à la sortie de cette ville, un immense complexe de bâtiments modernes pourvu d’un héliport et animé par le va et vient incessant de fourgons ou de véhicules légers ambulanciers.
Un hôpital. D’ordinaire, l’une de mes principales sources de rendement. Une valeur sûre.
Pourtant, ce soir là, je n’avais aucun profit à espérer d’un lieu comme celui-là. J’avais déjà écumé tout ce qui pouvait exister en matière de salles d’IRM, de réanimation ou de blocs opératoires et déjà comptabilisé tous les décès provoqués dans ces services.
Aussi, je laissais défiler la ville hospitalière. Infirmiers, internes et professeurs pouvaient être tranquilles, je n’allais pas venir perturber leurs activités…pour cette fois.
Faire preuve d’originalité, après tant de siècles de bons et loyaux services, je n’en étais peut-être plus du tout capable. Pourtant, il fallait bien qu’ils soient quelque part ces 35 % de personnes en état de mort cérébrale que le Grand Patron me réclamait.
J’en étais là, bloquée, à me demander où débusquer les êtres humains capables de faire remonter mon taux de mortabilité lorsqu’une voix, la dernière des voix que j’avais envie d’entendre en vérité, me tira de mes réflexions.
- Hé ! La Mort ! C’était chaud pour toi la réunion de tout à l’heure ! En plus, on dirait bien que ça ne va pas être facile pour toi d’atteindre tes objectifs, pas vrai ?
L’infâme pétasse qui se tenait maintenant devant moi, c’était la Sublime : la nouvelle assistante du Grand Patron qui devait plus son ascension fulgurante au sein de la boite à son hallage parfait, ses dents impeccables, son sourire de supermarché et sa taille de sportive qu’à la moindre compétence professionnelle.
Concrètement, la Sublime n’avait pas de fonction clairement établie, pas vraiment de responsabilités non plus ; elle ne servait à rien, sinon à distiller une bonne dose de charme artificiel auprès de tous les autres membres du personnel. Et dans quel but ? Pour les captiver ? Pour que toutes et tous souhaitent lui ressembler ?
Moi, la Sublime, elle me donnait toujours envie de vomir.
Je n’ai jamais vraiment compris comment le Grand Patron a pu se laisser subjuguer et embobiner par une telle créature.
Quoiqu’il en soit, elle avait drôlement bien manœuvré la Sublime. Elle savait y faire en matière de relations publiques. Elle était devenue très vite la favorite, la privilégiée et elle voulait que cela se sache.
Autant je me serais rabaissée devant le Grand Patron, autant j’avais pleinement conscience qu’en termes de rhétorique et d’intelligence globale, j’étais bien supérieure à la Sublime. Je décidais de contre-attaquer aussitôt, pour me débarrasser d’elle au plus vite :
- Si tu allais droit au but et que tu me disais plutôt ce que tu me veux la Sublime ?
Je n’allais pas lui demander comment elle m’avait retrouvé. Ça, je le savais déjà ; elle n’avait eu qu’à remonter le chemin tracé par mon sillage d’amertume.
Je supposais qu’elle allait me supplier, en douce, de lui apporter de l’aide pour rédiger un rapport ou préparer un plan de formation qu’elle aurait été bien incapable d’écrire toute seule.
Mais finalement, la réponse qui sortit de sa jolie bouche siliconée fut bien plus consternante, conforme à son image : stupide et cruelle. Sa réponse était celle d’une parvenue totalement idiote mais intouchable ; la réponse d’une salariée sachant pertinemment que personne ne pourra jamais rien contre elle.
- Ecoute la Mort, je voulais juste t’annoncer que ce mois-ci, j’ai eu une prime de 400 crédits-paradis, c’est dingue non ? Tu ne trouves pas ? ça va me permettre de renouveler mes abonnements au spa, au club céleste de gym, de badminton…
Il arrive un moment, dans l’existence, où chacun d’entre nous atteint son propre seuil de tolérance à l’injustice et à l’humiliation professionnelle. Pour moi, La Mort, ce moment était venu.
Je me suis levée d’un bond de mon fauteuil et j’ai crachée au visage de la Sublime quelque chose comme « pauvre écervelée », avant d’enfoncer la longue lame de ma faux à l’intersection précise de ses deux seins refaits.
Je ne m’en étais jamais pris jusqu’alors à un ange – c’était d’ailleurs formellement interdit par le règlement intérieur – et je n’avais donc aucune idée de ce que mon geste fou allait déclencher.
Le sourire de petite merdeuse de la Sublime s’est effacé, ses yeux en amande se sont pétrifiés puis progressivement, tout son corps de déesse a viré au gris anthracite comme avait pu le faire le ciel-écran avant elle.
En une fraction de secondes, le corps sculptural de la Sublime était devenu son propre tombeau. Heureusement, j’avais réussi à dégager la lame de ma faux avant que mon ennemie ne se change entièrement en statue.
Et maintenant, je n’arrivais à me répéter qu’une seule et même chose, à savoir que je venais certainement de réaliser la plus grosse connerie de toute ma carrière avec l’assassinat de Kennedy.
Comme une vulgaire criminelle, j’ai grossièrement caché le cadavre de la Sublime derrière le pan massif d’un cumulus puis, je n’ai plus rien eu à faire sinon à attendre que le ciel ne me tombe définitivement sur la tête. Bannissement de l’Eden, licenciement exceptionnel pour faute grave, enfers et damnation, je m’attendais à tout sauf à l’improbable miracle qui s’en suivit.
Le miracle, ce fut le compliment parachuté par un Séraphin-Express trois minutes plus tard à mon attention. Le parchemin venait tout juste d’être rédigé par le Grand Patron en personne. Et il était écrit :
La Faucheuse, je ne sais pas ce que tu viens de faire ni qui tu viens de moissonner, mais ton taux de mortabilité relatif aux personnes en état de mort cérébrale vient de grimper de 5 %. Bravo ! Continue comme ça. Et j’en profite pour retirer tout ce que je t’ai dit au débrief ; avec toute cette pression de fin d’année, je suis à cran.
Ce que j’avais fait, moi, je le savais très bien. Animé par une incontrôlable colère, j’avais éliminé la Sublime et c’était précisément cet assassinat qui venait de faire grimper mon taux de mortabilité concernant les êtres en état de mort cérébrale.
Pourquoi le meurtre de la Sublime entrait dans cette catégorie ?
Mystère !
En tant que créature de l’Eden, la Sublime avait été immunisée contre tous les dérèglements du corps ; impossible qu’elle fut la proie potentielle d’un accident vasculaire ou d’une tumeur cérébrale. L’origine de la hausse de mon taux de mortabilité n’était pas à chercher de ce côté là.
La raison première de mon retour en grâce auprès du Grand Patron se trouvait ailleurs.
Pour quel motif les éminences invisibles de l’Eden avaient décrété que la Sublime était en état de mort cérébrale ? Qu’avait-elle eu ou qu’avait-elle fait de singulier de son vivant pour se retrouver, à la toute fin, dans cette classification ?
Rien, justement. Elle n’avait jamais démontré la moindre compétence pour quoi que ce soit. Sa réussite n’avait tenu qu’à très peu de choses : à la confiance inébranlable en son pouvoir absolu de séduction sur les autres et à son talent pour ridiculiser sournoisement toutes celles et ceux qui n’étaient pas dans son camp.
Rien. La Sublime n’avait jamais rien eu pour elle, raison pour laquelle j’avais pété les plombs en la traitant de quoi déjà ? Ah, oui ! D’écervelée.
J’ai longuement soupesé le poids et estimé l’incroyable valeur de ce mot avant de me rendre à l’évidence.
Ecervelée.
La Sublime avait été rangée dans le tiroir des individus en état de mort cérébrale parce qu’elle avait été stupide toute sa vie et que son cerveau n’avait jamais réellement eu à fonctionner.
J’ai retrouvé le sourire, moi, la Mort, en mettant rapidement le tout en équation.
Stupidité cautionnée = Stupidité renforcée = Etat de mort cérébrale = Croissance exponentielle des chiffres de mortabilité pour la fin de l’année = Atteinte des objectifs.
Mes nouvelles cibles humaines toutes fraiches devaient donc être des crétins, des imbéciles heureux, des idiots confortés dans leur stupidité, des pauvres connards sur qui le reste de la population projetait une admiration aveugle et injustifiée.
Mes victimes appartenait à cette caste que j’avais trop laissé en paix jusqu’à présent : la caste des gens bien vivants sur le plan biologique mais déjà morts sur le plan de la pensée et de l’intellect.
Cette caste était impressionnante, devenait jour après jour légions. Il fallait que j’allège la Terre de cette plaie.
Par où commencer ? Je n’avais que l’embarras du choix !
J’ai contemplé à nouveau le panorama défilant sous mes pieds. Nous survolions maintenant la France et des studios de télévision basés en Plaine Saint-Denis. Dans l’un de ces studios à ciel ouvert, des candidats d’une émission de télé-réalité étaient enfermés depuis plusieurs mois. Six jeunes dotés du quotient intellectuel d’une huitre, filmés jour et nuit autour d’une piscine, cela allait me rapporter quoi ? Au bas mot, 10 % de plus de mortabilité cérébrale.
Un peu plus loin, des buildings abritant des bureaux et parmi ces bureaux, ceux d’un siège bancaire au sein duquel un jeune gigolo honorait la directrice commerciale avec la ferme intention de passer en un clin d’œil du grade de stagiaire incompétent sur le point de se faire virer à celui d’assistant. Un bouffon comme celui-là, un clone masculin de la Sublime moissonné par mes soins représentait à coup sûr un joli bonus de 8,8 % de mortabilité supplémentaire.
Vraiment, je n’avais que l’embarras du choix parmi mes prochaines victimes déjà en état de mort cérébrale.
Ici, une conductrice au volant d’une Ferrari se garant sur une place réservée aux personnes en situation de handicap.
Là, quatre types à la terrasse d’un café sifflant des passantes et leur murmurant des obscénités.  
Des hooligans en route pour un match de football.
J’avais du boulot, beaucoup de boulot devant moi !
J’ai repris mon apparence classique de grand squelette drapé de noir. J’aime à penser que les humains, lorsque je viens pour eux, sont terrifiés à l’idée de me reconnaître immédiatement dans cet accoutrement.
Puis, j’ai plongé tout droit en direction des studios de télévision pour glaner les candidats de télé-réalité.
Moi, la Mort, où était ma victoire ?
Dans la gigantesque pépinière de la bêtise contemporaine.
Je regrettais juste de ne pas m’en être aperçue plus tôt.

  


  





  








 









samedi 14 mars 2015

Ah les enfoirés ! Ils ont tué l'Ethique !

Depuis de nombreuses années, les Restos du Cœur réalisent une multitude d’actions exceptionnelles en matière de collecte alimentaire, d’hébergement et aussi d’accompagnement socio-professionnel pour toutes celles et ceux qui, à un moment de leur vie, ont besoin d’un soutien pour avancer, pour se reconstruire. Les Restos du Cœur, ce sont aussi des chantiers d’insertion dans les domaines du BTP ou encore du maraichage où encadrants techniques et équipes de salariés en apprentissage oeuvrent ensemble, communiquent ensemble sur l’acquisition de pratiques et de compétences dans un même élan humain et citoyen. 
Depuis sept ans, j’exerce moi aussi le métier de formateur auprès de salariés en apprentissage avec comme support d’activité le marketing et la communication. Je suis profondément fier de mon travail, d’accompagner dans la joie et la valorisation de chacun, des salariés en découverte de capacités ancrées en eux que, parfois, ils ne soupçonnaient pas avant d’intégrer la structure dans laquelle je travaille. 
J’ai toujours été persuadé que l’apprentissage passe nécessairement par la maïeutique telle que pratiquée par Socrate : faire accoucher les esprits d’idées, d’expériences mais toujours en étant avec autrui, ensemble, liés les uns aux autres dans une activité commune, avec un but commun, dans l’humilité, l’écoute et l’échange au sein d’une même unité.
Elle se situe dans le périmètre que je viens de décrire, la réalité quotidienne et éthique des métiers qui sont les nôtres nous, formateurs et formatrices, directeurs et directrices, accompagnateurs et accompagnatrices socio-professionnelles, salariés et salariées en apprentissage des structures d’insertion des Restos du Cœur ou d’autres structures associatives.
Accompagner, aider, apprendre à autrui, c’est avant tout exprimer des pratiques, des savoir-faire et des savoir-être en s’effaçant avec humilité pour être avec autrui sans jamais lui parler depuis une hauteur, depuis un piédestal. C’est cela incarner l’action sociale et solidaire, la progression de tous avec tous.
Le dernier clip des Enfoirés, « Toute la vie », se positionne radicalement à l’opposé de tout ce qui constitue aujourd’hui les valeurs fondamentales de l’action sociale.
Le clip ne réunit pas, il divise deux groupes. D’un côté des jeunes en état de doute et d’interrogation. De l’autre, des peoples de toutes générations crachant aux visages de ces jeunes des inepties se voulant moralisatrices, des paroles creuses ; balançant aux jeunes que si « eux » les peoples ont réussi c’est parce qu’ainsi va la vie et qu’ils n’ont rien volé. Le discours des peoples dans le clip est précisément un discours de hauteur, d’égo rapidement enrichi, un discours de parvenu regardant la « France d’en bas » qui ne fait que consolider la séparation mise en scène dans la vidéo.
Nous avons pu lire dans la presse que le clip avait été vivement critiqué pour son côté « discours de vieux réactionnaire », c’est inexact puisque le discours de hauteur fait à la jeunesse est prononcé d’une même voix par Jennifer, Dany Boon ou encore Mimie Mathy. Le clip ne divise donc pas la jeunesse d’un côté et de vieux réactionnaires de l’autre mais bien la jeunesse et des peoples de tout âge de l’autre.
En regardant le clip de la chanson de Jean-Jacques Goldman, j’ai effectué une pause-image pour mieux distinguer quelles personnalités composent le groupe des peoples moralisateurs si soucieux du dialogue social, de la solidarité et de l’éthique. La photo de classe que j’ai pu obtenir est la suivante : Zazie, Christophe Willem, Patrick Fiori, Zaz, Michèle Laroque, Pascal Obispo, Christophe Maé, Gérard Jugnot, Canteloup, Mimie Mathy, Dany Boon, Michaël Youn, Liane Foly, M Pokora, Laam, Pierre Palmade, MC Solaar, Bénabar et enfin Jennifer. La voilà la short-list de celles et ceux qui, dans le clip, viennent prêcher à la jeunesse le sens de l’effort, du travail et du mérite en toute chose. Voilà celles et ceux qui se revendiquent comme l’incarnation des valeurs sociales et solidaires.
Regardons maintenant où se situe le curseur du mérite chez certains de ces Enfoirés : Zazie, rémunération pour the Voice 400 000 euros, Jennifer 500 000 euros, Mimie Mathy 250 000 euros par épisode de « Joséphine Ange Gardien » et une légion d’honneur en prime, Dany Boon 4 millions d’euros de salaire pour son travail de scénariste sur « Supercondriaque » quant à Zaz, un concert privé d’une demi-heure facturé au groupe Allianz 40 000 euros.
Le pseudo discours moralisateur venu d’en haut, adressé aux jeunes dans le clip, est donc verbalisé par des peoples dont la parole ne peut avoir aucune crédibilité car, tout en venant nous parler chaque année de la misère et de la faim en France, ces mêmes peoples déballent le reste du temps dans les média une vie d’une rare superficialité et d’une prodigieuse indécence.
On pourra m’objecter que la vie des peoples on s’en contrefout tant que leurs spectacles rapportent de l’argent à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Je suis d’accord sur ce point : les concerts, les shows, les cd des Enfoirés doivent perdurer mais en proposant peut-être la prochaine fois des chansons dont les paroles pourront être endossées, incarnées sans ambiguïtés par leurs interprètes.
Que nos peoples chantent et fassent rêver les foules pour la bonne cause, soit !
Par contre je leur serai infiniment reconnaissant d’éviter, à l’avenir, de se parer de vertus dont ils ignorent tout.
Des années lumières séparent l’univers d’une pop-star palpant des milliers d’euros par semaine pour chanter quatre conneries sur TF1 et l’univers quotidien des travailleurs sociaux confrontés chaque jour à la détresse et aux fractures de chacun, aux blessures des âmes et des esprits qu’il faut soigner et soigner encore sans jamais rien lâcher.
Des années lumières séparent l’univers d’une pop-star palpant des milliers d’euros par semaine pour chanter quatre conneries sur TF1 de l’univers des salariés précaires en intérim ou en contrats aidés.
Chers peoples pour ce qui est de faire le spectacle, faites donc et tenez vous en à cela ; pour ce qui est de la transmission de l’Ethique et de l’effort, de l’humilité et du travail, laissez donc faire celles et ceux qui ont de l’expérience dans ces domaines et qui continuent à forger cette expérience jour après jour bien loin des projecteurs et de toute velléité egocentrique.


samedi 7 février 2015

Clap de fin ?


Le cinéma s’est, dès l’origine, constitué comme un art populaire et, par populaire, nous pouvons entendre un art capable de mobiliser, de rassembler des artistes, des techniciens, des auteurs et des publics porteurs de différentes sensibilités, mettant leurs talents multiples au service d’une seule et unique cause commune, celle de raconter une histoire, de faire en sorte qu’un film puisse exister. Sur ce dernier point, les publics se déplaçant dans les salles obscures chaque semaine ou échangeant sur des fictions vues en avant-première dans le cadre de festivals divers, sont donc en première ligne pour servir la cause d’un film ; leur pouvoir et leur responsabilité sont importants, leur enthousiasme crucial pour qu’une histoire sur pellicule soit reconnue et estimée.
A l’échelle internationale, le cinéma conserve brillamment son essence même, à savoir développer des intrigues et les mettre en images. Chaque année, le cinéma Asiatique, Hispanique ou Anglo-Saxon entre autres, fournit son lot hebdomadaire de films construits, cohérents, soucieux de porter à l’écran une représentation ayant du sens et ce, quelque soit le genre concerné : comédies, drames, films de genre, dessins-animés. L’histoire du cinéma mondiale est belle, admirable et méritante malgré la crise, permettant l’émergence régulière de nouveaux talents : compositeurs, monteurs, scénaristes, réalisateurs, d’un ensemble de personnalités qui savent vous parler de leur savoir-faire, qui aiment leur métier, qui aiment échanger avec leurs publics, des artisans du 7ème art avec un parcours de vie, une formation, des expériences leur permettant légitimement d’occuper la place qui est la leur.
Penchons-nous maintenant sur le présent du cinéma Français. Quel type de films Français prédomine actuellement en salles ?  Comment les films Français sont-ils élaborés ? Pourquoi existent-ils ?
Majoritairement, chaque mercredi, sortent des films appartenant au genre de la comédie. Depuis deux décennies, tenter de proposer un projet scénaristique à un producteur ne relevant pas de la comédie, est d’avance peine perdue puisque, en temps de crise, le public n’a pas envie de se prendre la tête, de voir des choses tristes ou blessantes ; ça, le producteur le sait mieux que quiconque. En sortant du travail, le public veut rigoler. Point barre. Les producteurs n’auront de cesse de vous le répéter, si vous voulez raconter autre chose qu’une comédie, faites un roman ou une BD. C’est ainsi que Bryan Singer et Christopher Mc Quarrie ont cherché en vain un soutien financier en France pour la réalisation de « Usual Suspects ». Eloquent, non ?
Soulignons-le une dernière fois, pour la majorité des producteurs français dans la place, le public attend des choses simples, des schémas narratifs élémentaires et facilement assimilables par le peu de temps de cerveau disponible de chacun, des intrigues qui ne questionnent pas ou pas trop.
Ainsi de septembre 2014 à mercredi dernier, 13 comédies françaises sortent en salles ; sorties précédées à chaque fois d’une promotion massive sur tous les plateaux télé. « Bon rétablissement », « Elle l’adore », « Brèves de comptoir », « Tu veux ou tu veux pas ? », « Samba », « Repas de famille », « Le père noël », « La famille Bélier », « Benoit Brisfer », « Une heure de tranquillité », « Chic ! », «  Toute première fois » et enfin, mercredi dernier, le dernier chef d’œuvre en date « Papa ou maman ». Sur cette même période, un seul film de genre très réussi « La French » et 3 ou 4 comédies dramatiques mal diffusées, ignorées du public mais qui trouveront sûrement leurs places aux Césars l’année prochaine.
Le cinéma Français c’est en moyenne 65% de comédies sur les écrans, élaborées à partir de thèmes très consensuels : la famille, l’adultère, la mode, les inégalités sociales, le racisme ou le handicap. Parfois c’est très réussi comme dans le cas d’ « Intouchables » mais le plus souvent, ça ne l’est pas. Pourquoi ?
Parce que le projet filmique à réaliser n’existe que pour faire le buzz autour de la personnalité du moment ou pour être rentabilisé lors de son passage télé. Ainsi, ont déjà sombré dans l’oubli total les deux principaux long-métrages dans lesquels s’est illustré Julien Doré : « Ensemble nous allons vivre une grande histoire d’amour » (2009) et « Pop Rédemption » (2012). S’est pris une claque monumentale au box office le « Pas très normales activités » (2013) mettant en scène Norman, un jeune homme réalisant des vidéos humoristiques pour celles et ceux qui ne connaitraient pas. Parachuter « acteur » ou « actrice » un gars ou une fille issu(e) de La Nouvelle Star, du web ou du plateau météo de Canal Plus, ne fera jamais un film. Le moteur premier d’un film c’est son histoire. Les producteurs semblent l’avoir définitivement oublié.
Si la production Française actuelle est si désastreuse c’est aussi parce que les comédies proposées au public ne comportent aucun scénario travaillé ou structuré. Les intrigues portées à l’écran sont dénuées d’intérêts, d’enjeux réels. Ces comédies ne s’embarrassent pas d’un scénariste pour exister. Dans le processus de création de ces comédies se voulant populaires, le poste de scénariste est généralement tenu par une personne ignorant tout des méthodologies d’écriture de fiction de longs-métrages. L’auteur du film, en charge de l’écriture, est le plus souvent issu du monde du Stand-up ou de la télévision. Trois exemples parmi tant d’autres : « Hallal police d’Etat » d’Eric et Ramzy (2011), « L’âme sœur » de Jean-Marie Bigard (1998), « Vive la France ! » de Michaël Youn (2012), d’ailleurs pâle copie de l’excellent « Borrat » du très talentueux Sacha Baron Cohen.
La difficulté majeure que rencontre aujourd’hui le cinéma Français, c’est que beaucoup trop de « people » se rêvent auteurs, écrivains ou acteurs. Le second souci, c’est que beaucoup trop de producteurs sont toujours prêts à les suivre pour un résultat, en général, catastrophique et « même pas drôle ». En même temps, ce n’est jamais bien grave dans la mesure où, quelle que soit la durée de vie en salle du film en question, TF1 a acheté les droits.
Les films Français sont aussi impossibles à regarder parce que, sans scénariste aux commandes, il ne reste plus qu’à produire des choses anecdotiques et/ou adapter des « œuvres » régressives ne nécessitant aucun travail de relecture ou de réécriture : « Boule et Bill » (2013), « Les Daltons » (2010).
Le cinéma Français est à l’agonie parce que sans scénariste compétent, il est très facile de passer à côté ou de saloper une belle idée initiale : « La famille Bélier » (2013). Ce dernier regroupe toutes les absurdités évoquées ci-dessus : un rôle principal tenu par une gamine issue de The Voice n'ayant eu aucune formation préalable au jeu d’acteur, un collage continu de scénettes mal jouées, mal filmées, mal montées pompant allégrement sur « Les Choristes » et « Intouchables ». Un ensemble creux, nauséabond et vulgaire, basé sur une vision sociale totalement erronée et stéréotypée du monde rural. De là, l’étroitesse de la représentation et la bêtise sidérante de l’ensemble, sont bien les seules choses perceptibles à l’image. Et pourtant, il y avait matière à faire un joli film drôle et touchant sur la surdité. Ah ! Si Mike Leigh avait pu s’en charger de la Famille Bélier, ça aurait été autre chose ! Mais bon, ça ne sera pas pour cette fois.
L’histoire contemporaine du cinéma Français n’est pas belle. Elle devrait même nous faire honte mais les publics se déplacent en nombre pour aller voir les « films » que nous venons d’évoquer alors bon, comme me le répétait encore l’an passé un grand scénariste Français pour qui j’ai la plus grande admiration, certainement que l’histoire du cinéma Français n’est plus si importante que cela finalement.
Voir et revoir « Le cercle rouge », « L’armée des ombres », « Tchao Pantin », « Jean de Florette », « Le nom de la rose », « Peur sur la ville », « Le salaire de la peur ». Oui, le cinéma Français, ce fut autre chose, parce que les faiseurs de films de l’époque aimaient bien plus les mots et le rythme du récit que le champagne et le plateau du Grand Journal. Ah ! Au fait, il sort quand le prochain album de Mélanie Laurent ?